Tout pour le bac
Phosphore

COMMENT REVISER LE BAC 2017 ?  -  MATIERES

Corrigés Bac philo 2009 - série STG

Phosphore.com

Publié le 11/04/1970

Des profs de philo ont planché comme vous toute la matinée du 18 juin sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

Sujet de dissertation n°1 : Peut-on être sûr d’avoir raison ?

Corrigé réalisé par Matthias Gault, professeur de philosophie.

A première vue, la question ne se pose pas. Lorsqu'on est sûr, on ne se pose pas la question de rendre raison. On ne cherche à s'expliquer que lorsqu'on nous oppose (ou que nous nous opposons à nous-même) un doute, que l'on soupçonne que ce que l'on tient pour vrai n'est qu'apparence de savoir et non savoir. Mais la question se complique encore : même si j'en rends raison par des arguments qui suffisent à calmer les soupçons, est-ce m'assurer pourtant que mon point de vue est bien le plus rationnel ? L'ai-je bien convaincu, par des moyens rationnels ou seulement persuadé, c'est-à-dire affectivement attaché ? Comment savoir ?

Cette situation nous montre la difficulté de départager entre croire et savoir, entre opinion qui passe pour savoir, et connaissance en vérité. A quelles conditions est-il légitime de tenir son discours pour rationnel ? L'enjeu de cette question est d'éviter deux écueils : l'une qui consisterait à s'appuyer sur l'évidence spontanée de ce que l'on tient pour vrai et qui ne produirait que préjugés ; l'autre, symétriquement inversée, qui nous inviterait au scepticisme, et à ne plus rien affirmer ou nier, et donc à relativiser la raison. Tout se vaudrait : il n'y aurait aucun jugement plus rationnel qu'un autre.

Il s'agirait d'enquêter sur ce qui fonde en raison mon point de vue, ou tout discours que je prétends tenir pour vrai. Puis-je m'appuyer sur ma propre certitude pour attester de la validité ou de la légitimité de mon affirmation ? La certitude subjective suffit-elle à être un critère indubitable de rationalité ? Ou bien faut-il s'appuyer sur des procédures rationnelles de démonstration pour être sûr d'avoir raison ? Cela tiendrait à condition de trouver une méthode certaine d'elle-même, indubitable qui puisse fonder sa propre validité rationnelle. Mais si cela repose sur un présupposé métaphysique qui dépasse l'ordre de la raison elle-même, faut-il en conclure à l'impossibilité d'inscrire son discours sous l'égide de la raison et en rester à la relativité des points de vue ? Cela ferait du discours un sophisme pour acquérir du pouvoir sur autrui. Cela nous inviterait à réfléchir les conditions pour établir un discours qui puisse être universalisable et ainsi inscrire en moi le point de vue de tous.

1- Par définition, ce que je crois, c'est ce que je tiens pour vrai : ma certitude serait le guide évident de ma raison.
a) Opiner est l'œuvre d'un jugement ; parce que j'affirme, je le tiens pour vrai. Mes doutes ne feraient que renforcer les raisons que je me donne pour confirmer ce que je crois. Pour avoir raison, il me suffirait de pouvoir me donner des justifications aux yeux d'autrui. Il s'agirait de bien exposer mon point de vue pour bien en rendre raison, de parler sans m'y connaître. On reconnaît la démarche de ceux professent parler de tout sans pour autant être spécialiste de rien : les sophistes auxquels va s'opposer Socrate puis Platon.

b) Il suffirait de suivre ce qui est évident pour rendre raison de nos opinions. Chacun serait la mesure de la vérité son propre bon sens dont on croit « être si bien pourvu » (R. Descartes, Discours de la méthode). Pour juger en raison, il n'y aurait qu'à affirmer en sachant bien parler. Persuader suffirait à asseoir son point de vue aux yeux des autres comme de soi. Pour avoir raison, il suffirait d'avoir autorité dans le débat, savoir séduire les foules. On serait d'autant plus sûrs d'avoir raison que la foule adhère à notre discours. Preuve d'habilité et d'esprit de finesse plutôt que d'esprit de géométrie.

c) Mais on ne voit pas bien ce qui sépare cet attachement spontané à ce que nous croyons être l'évidence et ce qui relève de l'acception passive d'un préjugé. La foule adhère à la même croyance que moi. Mais qu'est-ce qui m'assure que je ne suis pas le jouet d'une illusion, ou de ce à quoi j'adhère en toute ignorance de cause ? Je serai pris à mon propre jeu : je me serai persuadé de savoir alors que je ne suis pas sûr d'avoir touché à un jugement rationnel. Adhésion avant même d'interroger ce qui a fondé ce jugement.

Toute la difficulté consisterait à me débarrasser de ces illusions et de ces préjugés qui ont l'apparence de rationalisations et de maîtrise rationnelle du discours. Si mon opinion peut se croire certaine d'elle-même elle ne saurait pourtant, sans d'autre médiation, être garante de rationalité. Quelle attitude adopter alors pour se défaire de ce pseudo-savoir ?

2- Les méthodes pour valider la rationalité de mon jugement consiste à épurer mon jugement de tout ce qui relève de ma certitude subjective et à ne tenir qu'à la raison.
a) Il s'agirait de comprendre que la rationalité de notre jugement relève d'une réforme du rapport entretenu aux opinions. Spinoza remarque, dans l'Ethique (livre II) que mes idées relèvent d'abord de ma relation au monde et ma manière d'être affectée par les choses qui m'entourent. Mes idées sont d'abord des perceptions qui confondent les effets des choses et la nature des choses. Mon point de vue énonce quelque chose de ma relation particulière au monde mais par forcément de quelque chose qui peut être universalisé, c'est-à-dire valable pour tous ; mon opinion reste relative.

b) En cela, il faudrait dire que, par principe, mon « opinion pense mal » et même « qu'elle ne pense pas ». Le jugement rationnel ne peut être que mutilé par la subjectivité et la partialité de mon jugement. Le problème tient donc au fait que se confondent la réalité et mon rapport psychologique aux choses. Mes premières notions font donc obstacle à la rationalité de mon jugement : c'est ce que G. Bachelard nomme « obstacle épistémologique », dans le chapitre premier de la Formation de l'esprit scientifique. Ainsi, pour prendre un exemple qui appartient à Spinoza, il y a un écart réel entre ma perception du soleil comme disque de chaleur de quelques pouces de rayon et ce que le soleil est pour la connaissance astronomique.

c) C'est pourquoi il s'agirait d'élaborer une méthode pour s'assurer du fondement en raison de mes assertions. C'est le rôle du doute méthodique élaboré par R. Descartes dans la première Méditation Métaphysique. Délibérément excessif, il s'agit de tenir pour faux ce qui pourrait être seulement douteux, c'est-à-dire en partie juste. C'est un défi de la pensée à l'excès de croyance et de confiance des préjugés. Le doute est le geste de l'esprit pour s'assurer d'avoir raison, c'est-à-dire pour obtenir une certitude qui résiste au doute et sur laquelle fonder la savoir.

d) Cette réussite du doute cartésien à fonder sur l'évidence intellectuelle de la raison mon jugement nourrirait ainsi les principes d'une méthode dont les règles s'assurent de la validité démonstrative de la lumière naturelle de la raison. Les règles de la démonstration seraient valables parce qu'elles participent de cette intuition intellectuelle où la pensée se pense.

Mais n'est-ce pas présupposer que la raison est une faculté indépendante de toute croyance ou de toute illusion sur soi ? Il y aurait fort à parier que ce défi de la raison couvre en fait un attachement, voire un désir profond de voir une raison triomphée de l'obscurantisme des opinions. Vocabulaire qui annonce déjà la couleur d'une valeur attachée à la raison. Mais si l'on ne peut ne se fier ni à la raison ni à moi pour avoir raison, est-ce nous condamner au scepticisme ?

3- La raison de mon jugement dépend d'autrui comme de moi : les conditions du dialogue assurent une validité rationnelle mais ouverte à mon jugement. Je suis sûr d'avoir raison si autrui peut au même titre que moi reconnaître l'universalité de mon jugement.
a) La pensée est alors conçue comme un « dialogue de l'âme avec elle-même » selon la définition qu'en donne Platon dans le Théétète. Elle est dialogique, c'est-à-dire qu'elle fait entrer de l'autre en elle, en sa structure. Elle intériorise l'autre en elle. L'autre n'est plus vécu comme une emprise extérieure mais comme ce à quoi elle se rapporte pour se constituer en personne. On ne peut alors confondre cette structure dialogique avec un dialogue conçu comme simple échange entre deux ou trois personnes. Car ce qui compte, c'est qu'on ne tienne plus à ses opinions mais à ce que l'on constitue en commun : une raison commune.

b) Le dialogue doit être soumis à la raison, au logos. La raison est la faculté de l'universel qui permet, aussi bien en théorie qu'en pratique, de se placer dans un point de vue qui dépasse les particularités individuelles et donc d'oublier notre point de vue étroit. Par exemple, cette émotion que me procure le sourire de la Joconde, n'a pas de sens pour quelqu'un qui n'aime pas ce tableau. Ce plaisir esthétique m'est particulier. Mais ce que je vais en dire pour amener l'autre à me comprendre doit s'adresser à la même rationalité qu'il partage avec moi et qui le rend capable, au même titre que moi, de ressentir la même émotion. Le plaisir esthétique n'a de sens qu'en tant qu'il exige d'être partagé, c'est-à-dire d'être soumis à la rationalité d'autrui. Mon plaisir n'aura de sens que dans la mesure où je ne cesse de l'interpréter et de le justifier. Mon plaisir n'a de cesse de se réinscrire sous ma raison qui en donnerait le sens et qui le rend partageable avec un autre.

c) Et c'est parce que nous avons une raison commune , un même pouvoir d'interpréter, que cette raison vise un discours permettant d'accorder tous les points de vue. La raison, c'est la faculté de l'universel qui s'émancipe du jugement partiel et partial et qui permet de reconnaître ce que chacun pourrait reconnaître comme légitime. C'est la raison pour laquelle on peut caractériser cet élan qui nous pousse vers elle, cette exigence comme sens commun. Qu'est-ce qu'il y a de commun dans mes sens ? C'est que mes sens sont interprétés par mon esprit. Le sens commun est l'intuition qui nous permet de dire que nous formons une même unité, une identité, qui nous fait apercevoir notre unité de sujet pensant et en même temps nous attache aux autres en vertu de l'universalité de cette intuition. Le plaisir esthétique enveloppe la conscience de ce qui nous rapproche, nous lie par le lien d'une seule et même humanité. Il s'agit de se placer du point de vue de tout autre. Dans cet alter-ego constitué virtuellement c'est moi-même que je constitue car je le tire de moi-même et du procès même de ma pensée. L'autre est la pierre de touche de mon jugement.

Ainsi, je suis sûr d'avoir raison si je peux ouvrir ma raison à celle des autres, me mettre à la place de tout autre, bref si je peux comprendre rationnellement que ce qui compte, c'est que nous ayons raison non en masse mais ensemble.

Rechercher dans tout le site







Publicite