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Corrigés Bac philo 2009 - série L

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Publié le 11/04/2016

Des profs de philo ont planché comme vous toute la matinée du 18 juin sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

Sujet de dissertation n° 1 : L'objectivité de l'histoire suppose-t-elle l'impartialité de l'historien ?

Corrigé réalisé par Brice de Villers, professeur de philosophie.

Analyse du sujet :

L'interrogation porte sur les caractéristiques de l'histoire comme science (Historie en allemand), et non comme récit, témoignage (Geschichte, pour reprendre la distinction allemande) et sur la principale d'entre elles : l'objectivité. Le présupposé qu'il faudra analyser est donc que l'histoire est objective comme toute science et que cette objectivité est elle-même conditionnée par une prétendue impartialité de l'historien. Que signifie l'impartialité de l'historien ? Est-elle synonyme d'objectivité ? Mais, si l'histoire est une science humaine (ce qu'il faudra définir et montrer), l'historien est-il un scientifique comme les autres (physicien, biologiste...) ?

Problèmes posés par le sujet : En quel sens parler de l'objectivité de l'histoire et comment justifier cette prétention à expliquer des faits vrais car vérifiés ? Qu'est-ce qui caractérise cette objectivité qui n'est pas du même ordre que l'objectivité des sciences dites exactes ? Peut-il y avoir une subjectivité de l'historien qui ne s'oppose pas à la prétention de l'histoire à être objective, c'est-à-dire indépendante des affects, des goûts et des passions des individus qui l'étudient ? L'histoire est-elle vraiment une science, une connaissance ou une enquête, une recherche tâtonnante comme l'exprime l'étymologie grecque du terme (istoria, enquête chez Hérodote)

Annonce du plan : Nous montrerons, dans un premier temps, que l'objectivité est caractéristique de la prétention de l'histoire à être une science (partie 1), mais qu'elle ne peut supposer une impartialité de l'historien du fait de sa méthode et de son objet, la connaissance du passé humain par un homme du présent (partie 2). Elle ne repose donc que sur une « subjectivité de recherche » de l'historien.

Plan :

1- L'objectivité de l'histoire est caractéristique de l'intention scientifique de l'histoire...
a) L'histoire, une science qui construit son objet :
- rappel de la distinction hégélienne entre différents sens de l'histoire : « histoire originale » c'est-à-dire l'histoire du chroniqueur, du mémorialiste, « histoire réfléchie », l'histoire de l'historien, analyse critique des documents en vue de dégager une compréhension du passé, et « histoire philosophique » ou sens des événements pensé par le philosophe qui considère l'histoire comme la réalisation de l'Esprit (Hegel, Leçons sur la philosophie de l'histoire)
- une « connaissance du passé humain » ( H-I.Marrou) : l'historien H-I.Marrou définit l'histoire par différence avec la narration ou l'œuvre littéraire visant à retracer le passé humain et distingue recherche de connaissance car la connaissance ou science historique a pour objet de dégager la relation entre faits vrais, et non de représenter le passé de manière fausse ou irréelle ( H-I.Marrou, De la connaissance historique)
- un objet humain qui pose donc la question de la spécificité de l'objet de connaissance historique : différence entre phénomènes extérieurs à l'esprit qui les étudie ( sciences expérimentales ) et réalité vécue, passée d'hommes étudiée par un homme du présent ; rappeler la dimension da la « conscience historique » (Aron) ; l'objet de l'histoire, « une réalité qui a cessé d'être » parce que les documents ne disent pas à eux seuls « les faits de conscience qui ont été mais qui ne sont plus et ne seront jamais plus » (Aron, Dimensions de la conscience historique)

b) Une science qui se dote d'une méthode particulière :
- l'historien n'est pas un scientifique comme les autres car il reconstitue des réalités vécues différence entre méthode des sciences expérimentales qui produisent des modèles pour une manipulation des réalités physiques et méthode de l'historien qui reconstitue des réalités vécues comme individuelles ( voir l'école des Annales de M.Bloch, L.Febvre, F.Braudel)
- il élabore une méthode particulière :
cf. Ricoeur, Histoire et vérité, qui retient 4 caractéristiques de la méthode historique : jugement d'importance (hiérarchisation des événements), étagement des causalités (forces permanentes (démographie, culture, données géographiques...) événements) , distance historique (capacité de l'historien à se dépasser par l'imagination dans le passé étudié), objet particulier (la vie des hommes , la rencontre d'un « autrui de jadis »)

2- ...mais elle ne peut supposer qu'une « subjectivité de recherche » (Ricoeur) de l'historien :

a) L'historien , un homme qui s'intéresse au passé d'autrui :
- rappeler le dialogue présent-passé dans l'historiographie : les choix de recherche des historiens en lien avec les attentes ou l'actualité de la société à laquelle ils appartiennent (ex : histoire de la colonisation aujourd'hui en lien avec la thématique de l'intégration, de la diversité...)
- « le métier d'historien fait l'histoire et l'historien » (Ricoeur) L'historien dans sa pratique de recherche évacue sa sensibilité au profit d'une démarche rationnelle mais réintroduit l'imagination et l'empathie pour autrui
Cf. distinction de Ricoeur entre subjectivité de recherche et subjectivité passionnelle

b) L'impartialité de l'historien l'éloignerait de l'objet et de la méthode de l'histoire :
- « comprendre n'est pas juger » (Marc Bloch) Revenir sur la distinction expliquer (c'est-à-dire faire apparaître rationnellement des causes constantes entre des phénomènes élevées au rang de lois) et comprendre (saisir par une « sympathie instruite » ( Ricoeur) les valeurs de vie des hommes d'autrefois.
- l'histoire, une science inter-subjective : l'historien n'est pas partial mais humain et « l'histoire est animée par une volonté de rencontre » (Ricoeur) spécificité de l'objet historique qui entraîne la spécificité des exigences épistémologiques.
Exemple : le rapport entre « ego-histoire » de l'historien et le choix de sa recherche historique (exemple : F.Furet qui s'intéresse à l'histoire de la Révolution française en lien avec son engagement puis son éloignement du Parti communiste)

Conclusion :
Montrer que l'impartialité n'est pas exigée ni exigible de l'historien, ce n'est pas faire tomber l'histoire dans un grand récit ou roman mais s'intéresser aux spécificités de cette connaissance. On pourrait alors se demander ce qui distingue le travail de l'historien du travail de mémoire de la société dans laquelle il vit.

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