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COMMENT REVISER LE BAC 2012 ?  -  MATIERES

Corrigés Bac philo 2009 - série STG

Phosphore.com

Publié le 01/09/2011

Des profs de philo ont planché comme vous toute la matinée du 18 juin sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

OUTILS

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Texte de Locke.

Corrigé réalisé par Matthias Gault, professeur de philosophie.

La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu'à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S'ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s'évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n'est pas d'abolir ou de restreindre mais de préserver et d'élargir la liberte? ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d'après des lois, là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas de liberté. Car la liberte? consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu'il n'y a point de loi ; mais la liberté n'est pas ce que l'on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n'importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c'est une liberte? de disposer et d'ordonner comme on l'entend sa personne, ses actions, ses biens et l'ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté.

LOCKE

Attention ! L'épreuve ne consiste pas à répondre aux questions. Il faut les prendre pour guides de vos réflexions. Elles sont comme des « passages obligés » de l'explication. Ce corrigé se borne à indiquer les grandes étapes de l'argumentation de l'auteur et à proposer une ébauche de réflexion. Il y a place pour une liberté de composition réflexive et critique dans l'ensemble de l'explication.

Eléments d'introduction et de problématisation du texte
On a l'habitude de penser notre rapport aux lois comme de contrainte : parce que reçues comme des commandements, nous nous soumettons à elles pour, d'abord, éviter le châtiment, et par là nous les comprenons comme ce qui va à l'encontre de nos désirs ou de notre sentiment le plus naïf de libre-arbitre. Il semble évident que nous ne pouvons faire ce que nous voulons face à la rigueur de la loi ; et si elles nous obligent à les respecter, par leurs cortèges de sanctions, est-ce contre nos intérêts, voire pour nous déposséder de notre libre volonté ? Y a-t-il du sens à s'obliger à respecter la loi ? Ou est-ce nous interdire l'exercice de notre liberté propre ? La loi peut-elle être, de manière légitime, condition de ma liberté ?

La réponse de Locke, sa thèse, est nette : la loi ne limite en rien la liberté d'un sujet ; elle la rend possible et l'accomplit. Pour établir cela, l'auteur va défaire d'abord l'opposition apparente entre la loi et l'intérêt individuel : la loi n'est pas une contrainte. Elle vise le bien général de ceux qui la prennent pour guide. Elle serait inutile si elle s'opposait à notre bien (du début du texte jusqu'à « mérite mal le nom de contrainte. »). En conséquence de quoi, l'auteur nous invite à penser que la loi est la condition de la liberté (de « de sorte que... » jusqu'à « lorsqu'il n'y a point de loi »). Elle nous libère de l'arbitraire d'autrui, des jeux de force et de domination entre lui et moi. Sans loi, on serait reconduit à l'asservissement et à la violence. Il reste à bien comprendre ce qui est ici désigné sous ce mot de liberté. Dans cet ultime moment, l'auteur va défendre l'idée que la liberté nous appartient d'autant plus qu'elle est protégée par ce que la loi nous permet. Contre une conception naïve qui consiste à faire du mot « liberté » l'expression de l'arbitraire et du caprice, l'auteur va défendre l'idée que ma liberté n'a d'autre étendue que celle de ma propriété et de ma responsabilité ; bref, de ce que je peux, dans le cadre de la loi, revendiquer comme issu de ma propre volonté.

Les passages obligés
a) La première partie du propos consiste à montrer que la loi n'est pas une contrainte mais est utile à l'intérêt individuel car elle définit un bien général qui encadre la logique des intérêts individuels. Elle nous empêche de nous fourvoyer dans des buts funeste pour notre liberté. En effet, l'image que l'auteur emploie a valeur d'analogie. La loi guide au même titre qu'une carte nous permettrait de définir le chemin le plus sûr pour atteindre notre destination.
Nous sentons tous des désirs et des appétits qui dessinent autant d'intérêts. Mais ces velléités ne nous indiquent ni la bonne marche à suivre, ni les bons moyens de réaliser nos désirs. Celles-ci semblent nous éparpiller. La loi peut nous aider à nous y reconnaître car elle définit le bien général. Autrement dit, elle n'impose pas un bien individuel mais dessine les cadres d'un intérêt général qui pourrait guider les intérêts individuels. Ainsi, bien loin de restreindre l'individu, de lui interdire de disposer de lui-même, la loi cherche à maximiser les possibilités les plus sûres pour réaliser au mieux nos propres intérêts. Elle ne nous prédispose pas à emprunter le chemin. Elle se limite à en dessiner le cadre. Elle nous laisse disposer de notre décision à aller dans le sens de ce bien général, ou non. Ce rôle de guide, de « boussole » nous permet de nous assurer d'une voie droite qui ne nous ferait pas dévier de notre but : notre bonheur privé. La loi, parce que d'intérêt collectif ou publique, dessine le cadre de réalisation de notre bonheur privé d'agent libre. Elle nous oblige à réfléchir à nos moyens d'action pour en acquérir la jouissance. Elle ne nous contraint pas. Elle laisse à disposition le plus sûr chemin.

b) La liberté, pour l'auteur, ne s'entend pas comme un exercice spontané de la volonté. Il ne s'agit pas d'en rester à l'idée de faire ce que l'on veut. Car cette idée revient à affirmer un caprice ou une saute d'humeur. Autrement dit, cette liberté reste déterminée affectivement par une réaction émotive à quelque chose d'extérieure à moi. Cette apparente liberté relèverait plutôt de l'illusion d'un sentiment de libre-arbitre qui masque le fait que je suis effectivement ignorant des causes qui m'entraînent à avoir tel ou tel comportement.
De ce fait, la liberté n'est pas naturelle. Elle s'acquiert dès lors qu'on en assume la responsabilité, que je prends conscience qu'il n'appartient qu'à moi d'en être l'auteur. Dès lors, la loi ne pourra que protéger mon autorité de d'agent libre : elle empêchera de céder toute forme de contrainte que pourrait exercer autrui sur moi. La loi défait la rapport de force et la violence. La liberté n'est pas le pouvoir ou l'emprise que je pourrais exercer sur autrui. En ce sens, la violence ou la contrainte n'est pas seulement de force : elle peut s'exercer de manière symbolique, par le biais du langage par exemple. Mais quelle que soit la forme de la domination, celle-ci ne saurait assurer que le règne du bon plaisir et de la servitude. Non seulement je pourrais m'aliéner à autrui ; mais même le maître dépendrait de l'esclave. Nous serions reconduits, par l'entremise de l'arbitraire, à une servitude généralisée, ou à la guerre de tous contre tous. Par la loi, ce qui importe, c'est que mon pouvoir de disposer de moi-même, d'être autonome soit respecté et légitimé contre les incursions d'autrui. L'autonomie individuelle devient donc affaire d'appropriation de tout ce qui peut être mis au compte du sujet. Il n'y a de liberté effective que si elle est reconnue par la loi comme propriété inaliénable de l'individu.

Eléments de réflexions
On comprend mieux en quoi la loi sera la condition de la liberté. Mais est-ce bien une condition suffisante ? Locke sous-entend dans ce passage que la loi n'a de sens que si elle présuppose que l'individu est déjà possesseur de son autonomie, qu'il en est conscient. La loi ne ferait qu'actualiser au mieux ce qu'il faut pour épanouir la liberté individuelle. Elle concilie, autant qu'il est possible de le faire, les exigences du bien commun et de la liberté individuelle. Mais n'y-t-il pas à réfléchir de manière critique ce raisonnement qui consiste à nous inviter à penser que c'est en se soumettant à loi que nous nous libérons ? Il faudrait alors se demander s'il ne faut pas relativiser l'autorité de la loi et laisser une place à un droit de désobéir. Avant d'en faire une condition nécessaire et suffisante, qu'est-ce qui rend la loi légitime aux yeux d'un individu libre ? La loi réaliserait la liberté si et seulement si elle autorise l'individu à exercer un contrôle vigilant de ce qu'elle prétend définir.

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