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COMMENT REVISER LE BAC 2012 ?  -  MATIERES

Corrigés Bac philo 2009 - série STG

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Publié le 01/09/2011

Des profs de philo ont planché comme vous toute la matinée du 18 juin sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

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Sujet de dissertation n°2 : La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Corrigé réalisé par Matthias Gault, professeur de philosophie.


Ebauche de réflexion
Tour à tour célébrant les miracles de la technique, ou les merveilles de la technologie, ou méfiants et nostalgiques d'un retour à la nature lorsque nous conspuons les nouveautés technologiques qui nous défont de l'authentique rapport à la nature, il semble que ces deux attitudes inverses reviennent au même : prendre acte de l'écart entre technique et nature, et faire de la technique un privilège divin de l'humanité.

Analysons rapidement les deux attitudes. S'émerveiller, c'est admirer sans comprendre le lien de cause à effet entre technique et nature. La technique tiendrait de l'absence de cause assignable ou de la magie dans un monde fixé par l'implacable nécessité de la nature. Ou qu'il s'agisse d'autre part d'avoir la nostalgie d'un rapport originel perdu, la technique semble s'échapper de la nature. Est-ce à dire que ces deux termes se contredisent ? L'un effacerait l'autre ce qui réputerait illusoire tout sentiment de retour à l'originaire nature. Ou faut-il simplement penser une relation de contrariété, de conflit qu'il faudrait résoudre ? Dans ce cas, où situer l'homme si ce n'est comme déchiré entre nature et culture ? La tension entre technique et nature serait la tension de l'homme incapable de se satisfaire de l'inné, travaillant sans cesse à acquérir d'autres choses. Tension du désir qui modifie les conditions d'existence de l'homme jusqu'à en changer la « nature ». On aperçoit alors le problème : l'opposition ne cache-t-elle pas une profonde articulation qui interroge l'essence ou la dimension technicienne de l'homme ? La technique nous invite-t-elle à maîtriser et détruire tout ce qui est naturel en nous ? Peut-on trouver des voies pour nous réconcilier avec notre être, avec notre « nature », c'est-à-dire ce qui fait la spécificité de notre existence ?

Il s'agirait d'abord de comprendre en quoi la finalité technique organise une divergence par rapport à la nature, en quoi la maîtrise technique altère et dénature tant l'homme que son primitif rapport au monde. C'est que la technique s'impose comme ce qui adapte non la vie de l'homme à la nature mais l'être des choses aux conditions de vie de l'homme. La technique renverse le rapport naturel de l'homme aux choses. Par ses outils, l'homme transforme le monde pour le façonner à son image. La visée technicienne contredirait la logique de la nature ; elle la bousculerait ; elle l'effacerait. Comme le remarque Pascal dans l'une de ses Pensées, là où la nature « diversifie et imite », l'art « imite et diversifie ». ce sont deux logiques contraires qui aboutissent à une séparation, marque d'une dénaturation. L'homme se détourne et détourne la nature de son sens primitif.

On forgerait l'hypothèse de l'altération, de la dénaturation, de l'aliénation, de la négation : on peut considérer que le culturel est venu altérer (le rendre autre que soi-même) le naturel, voire est venu aliéner le naturel (le rendre étranger à soi-même), jusqu'à le rendre méconnaissable. C'est l'hypothèse proposée par Rousseau (dans la Préface au Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, éd. Gallimard « folio » 1969, page 52), l'homme se serait progressivement éloigné de la nature, de la simplicité originaire dans laquelle il était authentiquement lui-même, au point de se rendre méconnaissable à lui-même. Pire : au point de l'abolir, « semblable à la statue de Glaucus que le temps, la mer et les orages avaient tellement défigurée, qu'elle ressemblait moins à un Dieu qu' à une Bête féroce ».
L'histoire humaine porterait la marque de ce changement radical. Elle arraisonne la nature. Il n'y aurait plus à chercher un hypothétique rapport à la nature. Toute nature a définitivement changé. Tout porte la marque de l'homme. L'homme est un « homo faber », c'est-à-dire pour Bergson, un être dont l'intelligence vitale est dirigée pour manipuler les choses sans s'intéresser à leur nature. L'intelligence technicienne mépriserait ce qui reste de nature.

Mais on ne peut changer en créant ex nihilo de nouveaux moyens d'existence. La technique reste solidaire d'une teknè, c'est-à-dire d'un art qui consiste à travailler un matériau, à donner une forme à un matière selon des règles précises et rationnelles. La nature, matière première, ne saurait être que recouverte par la technique. Ainsi par exemple de la technique liée à la maîtrise d'un instrument de musique : la technique tend à apparaître comme naturelle alors qu'elle relève d'un geste certes habituel mais extrêmement codifié. Elle donne l'illusion de ne pas être présente alors même qu'elle est bien présente.

Il s'agirait alors de ne pas se laisser aller à l'illusion que nous avons remplacé l'hostile nature. Nous sommes « comme maîtres et possesseurs de la nature » nous rappelle R. Descartes, dans la quatrième partie du discours de la méthode. Quelque soit la complexité de nos machines ou de notre montage, notre maîtrise nous est prêtée par la nature. La matière résiste à notre effort de modification. On ne commande à la nature qu'en lui obéissant. On ne saurait transgresser ses lois immuables.

La nature, c'est l'ensemble non des êtres matériels, mais l'ensemble des lois qui régissent l'ordre des causes et des mouvements entre les phénomènes. La technique ne saurait que s'appuyer sur ces lois pour inventer. La technique n'est pas créatrice mais reste de l'invention. Elle modifie un donné préalable.

On peut considérer que l'artificiel viendrait recouvrir la naturel, sans l'abolir : le culturel viendrait ainsi masquer le naturel, voir viendrait le remplacer et deviendrait lui-même nature, constituant ainsi une « seconde nature ». La 1ère nature serait ainsi toujours susceptible de « revenir au galop ». Exemple : dans des situations de crise (guerre, famine, etc.), ce serait le « naturel » (les pulsions animales) qui sous ses figures les plus sauvages et barbares, referaient surface. Il y aurait donc un malaise dans la culture et dans la technique. Certes la maîtrise que sous-entend la technique nous oblige à un renoncement à nos instincts. Elle tend à se substituer à eux.

Mais elle ne les défait pas définitivement. L'opposition entre des partisans du retour à la nature et ceux qui restent des enfants émerveillés devant la technologie traduirait symboliquement nos aspirations contradictoires. Notre désir ne saurait trancher car il ne saurait s'amputer de sa part instinctive et primitive. Nous serions partagés entre technique et nature, toujours enclins à participer alternativement de l'un et de l'autre. Que traduit alors cette opposition ?

Freud, dans son analyse de la culture pourrait nous aider à comprendre en quoi la technique, par ses trouvailles, impose de la penser, au même titre que l'art, comme un des modes de sublimation. Sublimer, c'est transformer, en changeant la matière de ce qui a été sublimé. Cela n'impose pas de renoncer à ses pulsions premières mais plutôt à leur donner un autre visage. Car cette image chimique désigne chez Freud la manière dont les pulsions primitives refoulées trouvent à se satisfaire de manière substitutive à travers des réalisations qui ne sont moralement réprouvés par la culture. La technique serait le moyen de réaliser les désirs de l'homme. Tel Icare, nous pourrions désirer changer le monde et nous-même par l'effort de notre volonté.
Mais le destin d'Icare est funeste : il sera brûlé par le soleil. Et sa chute révèle la fragilité de notre technique aussi bien que sa grandeur. Cela nous montre que cette apparente contrariété maintenue entre technique et nature révèle le défi que nous impose notre désir de « changer la vie » : prendre conscience de la responsabilité qui nous incombe de ne pas détruire la nature de notre milieu de vie ou de notre être même. Ce principe de responsabilité auquel H. Jonas nous invite nous exhorte à prendre conscience de notre pouvoir. Nous avons changé notre rapport à la nature : l'hostilité n'est plus dans le camp de la nature sauf à titre de catastrophes ponctuelles, mais dans le camp de la technique. Changer les choses c'est aussi bien pouvoir les détruire que les améliorer. La technique peut nous permettre d'anticiper la menace comme nous perdre. Par là nous comprenons que nous sommes d'autant plus responsables de nous-mêmes.

La technique n'est pas une activité neutre : elle implique de repenser notre rapport au monde. En le changeant, nous faisons évoluer l'environnement et nous redéfinissons l'écosystème. La technique impose un changement d'environnement dont nous devons penser les conséquences tant sur le plan de la pérennité de la vie humaine que sur les conséquences politiques impliquées dans ces nouveaux modèles d'environnement. Car notre chute pourrait être celle d'Icare...

La technique nous rend responsable de la nature, si l'on comprend que celle-ci s'entrelace à celle-là tant en l'homme que dans l'ensemble du monde que s'est donné l'homme. En comprenant cette harmonie, on comprend qu'il est urgent de se poser la question de notre être et de notre relation au monde. L'homme est en réalité au cœur des éventuelles contradictions dont il est lui-même le produit et dont il est l'expression.

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